’’ La Planification’’

La planification

  • Introduction

La planification c'est quoi ? C'est établir un programme d'entraînement cohérent dans sa globalité entre le contenu des séances et la récupération. Le préparateur physique aura le souci dans une semaine de compétition, d'identifier et de quantifier les charges et le volume des séances d'entraînement. Il prendra en compte, également, la récupération pendant et en dehors des séances pour mener avec efficacité la préparation physique de l’arbitre pour que celui-ci donne sa pleine mesure lors des matches ou de ses tests physiques. Pour cela, il faut prendre en compte plusieurs paramètres, savoir quelle filière énergétique on utilise dans tel ou tel exercice, connaitre son processus c'est à dire comment ça fonctionne dans l'organisme et combien de temps il faut de récupération entre les séances.

L'état de forme de l'arbitre ne peut être stable tout au long d'une saison, son évolution est cyclique alternant phase de forme et phase de méforme. C'est une des raisons de planifier des programmes hebdomadaires et non mensuels.

Beaucoup d'arbitres se dirigent vers des clubs d'athlétisme mais à ma connaissance que cela soit dans le contenu ou sur la planification des séances, la compétition d'un arbitre est hebdomadaire, à l'inverse d'une compétition en athlétisme où une date est fixée depuis longtemps. A mon sens, pour des arbitres, on ne peut pas planifier des séances d'entraînement sur un mois voire quinze jours. J'entends trop souvent des arbitres faire des sprints de 50m ou 100m, des courses de 400m et 200m. Je me pose la question quel est l'intérêt de planifier de telles séances pour des arbitres quelle que soit la discipline ou pour des assistants. Faire de telles séances est à l'opposé de l'exigence physique d'un arbitre ou d'un assistant.

  • 1 La planification de la trêve estivale :

Avant la fin de la saison, chaque arbitre devrait se poser une seule question : « Comment planifier la trêve estivale ? ». Que ce soit pour préparer les tests physiques d’avant saison ou être prêt pour le début de la compétition, il n’est pas concevable que les arbitres ne répondent pas à cette question au préalable. Il faut distinguer deux paramètres importants qui sont la fin de la compétition (dernier match officiel de la saison ou tournoi) et la reprise de la nouvelle saison (premier match officiel de la saison hors matches amicaux) qui sont liées à un calendrier sportif.

En tant que préparateur physique au sein de la Commission Régionale d’Arbitrage de la Ligue de Football d’Aquitaine et au coeur des arbitres, je m'interroge encore cette année, sur le nombre d'arbitres ayant planifié leur trêve estivale avant leur dernier match de la saison. La réponse aucun sauf ceux ayant un préparateur physique.

Depuis de nombreuses saisons, j’entends les arbitres se soucier de leur préparation d’avant saison pour leur premier match officiel ou pour la préparation du test Werner Helsen au mois de juillet ou au mois d’août. La réussite du test ou la préparation d’avant saison, passe par l’anticipation et planification de sa trêve estivale avant la fin de son dernier match. Celle-ci doit être individualisée car les arbitres ne terminent pas tous la saison au même moment et leurs attentes et leurs besoins peuvent être différents.

Pour planifier sa trêve estivale, l’arbitre devra se poser les questions suivantes :

--> Combien de temps dure ma trêve entre mon dernier match et mon premier match officiel ou le test Werner Helsen ?

--> Quel est le nombre de semaines de repos ?

--> Quel est le nombre de semaines pour ma reprise d’activité ?

--> Quel contenu ?

--> Quand est ce que je reprends « le chemin » de l’entraînement ?

--> Quelle est la date de mon premier match officiel ?

--> Après avoir répondu à toutes ces questions, ce n’est que la semaine précédente la reprise de l’entraînement que l’arbitre va pouvoir planifier et apporter le contenu de ses séances.

  • 2 La planification de la préparation physique d'avant saison se découpe en 3 phases.

La planification du nombre de semaines d'entraînement dépendra du niveau de l'arbitre, mais la structure de la préparation qui se déroule en trois phases sera la même. Comme je l'entends très souvent de la part des arbitres, faire des footings, du fractionné, de la vitesse n’est pas suffisant pour affirmer que les arbitres s'entraînent. Tout est une question de planification. A chaque période, en plus du travail de course, le préparateur physique pourra planifier dans ses contenus et proposer à l'arbitre, un travail de musculation, de renforcement musculaire préventif, de fréquence, de pliométrie, de proprioception et de gainage et/ou abdos.

1ère phase préparation générale

Dans ma conception de la préparation physique chez les arbitres, cette phase générale sera la même quelle que soit la discipline de l'arbitre et sa fonction. Je pars du principe que la pose des "fondations" doit être la même pour tous les arbitres. Ce n'est qu'après cette phase que l'orientation changera. Cette phase consistera au développement et l'harmonisation des qualités globales. Cette phase générale (nombre de semaines de footings) sera déterminée, par le contenu effectué par l'arbitre lors de sa reprise d'activité. On ne reprend pas la première séance par 45mn de footing ou on ne passe pas d'une séance à l'autre de 30mn à 45mn après un arrêt de un mois sous peine de blessure. La durée des footings devra être progressive.

2ème phase préparation spécifique

La deuxième phase va permettre pour des arbitres de football ou de rugby de monter en intensité par l'intermédiaire du fartlek et de se rapprocher des courses que peuvent effectuer ces arbitres. Cette phase sera une transition entre les footings et le travail intermittent 15/15 qui va suivre. Pour des arbitres de futsal, handball ou basket ball ou des assistants, on se dirigera plus particulièrement sur l'intermittent 10/20. Je ne vois aucun intérêt d'inclure du fartlek dans le contenu des séances. Il faut se rapprocher de l'exigence que requièrent ces fonctions.

3ème phase de pré-compétition

Cette dernière partie de la préparation sera la semaine voir les dix derniers jours avant la compétition. Les arbitres de football ou de rugby, commenceront par un cycle d'intermittent 15/15 et pour les arbitres assistants ou des autres disciplines, on pourra passer à un intermittent 5/15 et/ou de la vitesse.

  • 3 La planification hebdomadaire :

La planification des semaines d'entraînement et son contenu, dépendra de la discussion entre l'arbitre et le préparateur physique et des questions suivantes.

--> Quel est ma fonction et ma discipline ?

Je suis un arbitre central, un assistant, un arbitre de futsal. Ma discipline c'est le football, le rugby, le basket-ball, le handball.

--> Quel est mon objectif ?

Une préparation pour le début de la compétition ou une préparation pour le ou les tests physiques.

--> Quel est mon niveau ?

Départemental, Régional, Fédéral.

--> Quelle exigence requière ma fonction ?

Endurant, explosif, les deux

J'entends encore des arbitres assistants de tous niveaux et des arbitres de futsal, évoquer leurs séances d’entraînement qui sont identiques aux arbitres centraux alors que les efforts, les exigences physiques ne sont pas du tout les mêmes.

Une fois ces questions posées et la planification établie, le préparateur physique de l'arbitre lors de sa reprise de l'entraînement va pouvoir penser à son contenu, mais ses séances d'entraînement ne devront pas être planifiées sur le moyen terme (nombre de semaines de préparation), mais sur le très court terme avec une planification hebdomadaire.

Beaucoup d'arbitres quel que soit le niveau pensent s'entraîner, parlent de contenu sans se soucier de la planification, alors que la base de toutes séances d'entraînement part d'une planification hebdomadaire. Une semaine d'entraînement ce n'est pas un empilage de séances, car si une ou plusieurs séances, même de qualités (exemple intermittent 10/20 ou 15/15) sont mal placées, l'arbitre sera à l'inverse d'une semaine d'entraînement car les paramètres physiologiques ne seront pas respectés, des blessures peuvent survenir et on ne respectera pas le phénomène de surcompensation. J'entends des arbitres, qui le jour même improvise de faire telle ou telle séance sans ce soucier des répercussions physiologiques et donc sans avoir en amont planifié leur semaine d'entraînement. Beaucoup d'arbitres aussi vont chercher leur programme d'entraînement sur internet ou sur des applications mais à ma connaissance il n'existe pas de programme spécifique pour arbitre ou assistant qui sont planifiés toutes les semaines et qui prennent en compte les paramètres cités ci-dessous. En général, ces programmes sont planifiés sur plusieurs semaines, voire sur plusieurs mois.

Toute planification hebdomadaire doit se faire en fin de semaine et l'arbitre doit se poser plusieurs questions qui sont :

- Le jour de mon match samedi ou dimanche

- Le jour de mon match du week-end suivant ou repos

- Les contraintes professionnelles

- Les contraintes familiales

- Mon état de forme

- Mes infrastructures à ma disposition

- Le matériel dont je dispose

- La météo.

- Mes jours de séance.

Une fois ces questions posées, l'arbitre va pouvoir planifier ses séances et penser à son contenu.

  • 4 La planification de la trêve hivernale :

Comme pour la planification de la trêve estivale, la trêve hivernale se planifie avant son dernier match de l'année civile.

L’organisme a besoin de repos, de se régénérer. Il est certain que la période de repos hivernale est une période délicate à planifier mais tellement nécessaire pour recharger les batteries et surtout pour profiter des fêtes de fin d’année.

Lors de la planification, tout dépend du niveau de l’arbitre, il est conseillé après son dernier match de l’année, de prendre un repos complet de 10 à 15 jours afin de bien récupérer aussi bien sur un plan physique que psychologique. Ensuite l’arbitre pourra reprendre par un travail aérobie. Comme les conditions climatiques ne sont pas toujours favorables pour aller courir et pour varier le travail d’endurance, l’arbitre pourra soit pratiquer du VTT, soit de la natation soit du vélo d’appartement. Un cycle de 2 semaines me paraît suffisant après un arrêt de 10 jours à 15 jours. Tout dépend du nombre de séances dans la semaine. En fonction du niveau de l’arbitre, un minimum de 3 séances me paraît convenable. On pourra aller jusqu’à 5/6 séances.

Le préparateur physique devra pour la deuxième partie de la saison planifier lors de la reprise un test physique (type vameval) qui sera identique à celui effectué pendant la préparation estivale pour déterminer la Vitesse Maximale Aérobie de l'arbitre et non pas rester sur sa VMA du début de saison.

  • 5 Le phénomène de surcompensation :

Tout préparateur physique lors de la planification des séances d'entraînement de l'arbitre, doit avoir en tête le phénomène de surcompensation. Mais pour cela, cette planification doit être hebdomadaire et individualisée. On ne peut pas créer ce phénomène de surcompensation en planifiant des programmes sur plusieurs semaines et donc augmenter le potentiel physique de l'arbitre ou de l'assistant.

Le phénomène de surcompensation c'est quoi ?

La base de l'entraînement physique repose sur le principe de cumul de stimulations dans le temps. C'est le processus de surcompensation par application entre charge de travail et récupération, mais aussi respecter les principes d'entraînements qui sont: La fréquence, l'assiduité, la progressivité, l'intensité et la spécificité.

Suivant ce procédé, si une charge d'entraînement est appliquée à l'organisme, celui-ci va mettre en oeuvre des processus de restauration pour passer d’un épuisement énergétique momentané à un niveau supérieur par rapport au niveau initial. Si une nouvelle charge est appliquée à ce moment là, le phénomène se renouvellera et le potentiel augmentera, ce que l’on appelle « le phénomène de surcompensation ».

En revanche si les charges de travail ne sont pas suffisantes ou les filières énergétiques mal choisies en fonction des jours dans la semaine lors des séances d’entraînement et donc trop éloignées ou trop rapprochées, les réserves retrouveront leur état de départ.

Exemple la filière énergétique aérobie comme le footing veille de match au lieu de la filière énergétique anaérobie alactique comme le travail de vivacité ou la filière énergétique anaérobie lactique utilisée 96h avant un match au lieu de 72h voire 48h minimum.

Cette surcompensation est valable sur une succession de séances d’entraînement. Il s'agit de l'effet cumulé, estimé en fonction du nombre de séances (3 minimum) et de l'intensité. La difficulté de la gestion de cet ensemble d'alternances " stimulation - récupération " désigné sous le terme de charges d'entraînement, et de ne pas créer une fatigue générale persistante négative (surentraînement) ou une stagnation voire une diminution des capacités (sous-entraînement).

On ne peut pas créer de « phénomène de surcompensation » pour un arbitre qui ne ferait que 2 séances d’entraînement même de qualité ou qui ne ferait que des activités physiques. Inversement un arbitre qui ferait 4 séances par semaine voire plus, sans établir une planification rigoureuse, ne serait pas dans le phénomène de surcompensation. Ce phénomène de surcompensation étant inconnu chez les arbitres, c'est une des raisons comme la méconnaissance des principes d'entraînement, qui me pousse à dire que les arbitres sont dans l'entretient physique et non dans l'entraînement.

planification
    • 5 Identification des besoins :

    Avant toute planification et avant toute collaboration entre un arbitre et un préparateur physique, il faut, à mon sens, faire dans un premier temps un état des lieux, dans un second temps, déterminer le profil de l'arbitre ou de l'assistant et dans un troisième temps, expliquer la conception de sa préparation physique et comment la réaliser.

    1ère phase - l'état des lieux :

    L'état des lieux sera la première phase de contact du processus d'accompagnement individualisé. C'est lors de l'entretien que le préparateur physique fera un bilan pour avoir un maximum d'informations sur l'arbitre, sur ses antécédents médicaux, sur le contenu de ses précédentes séances d'entraînement, sur les infrastructures à sa disposition, sur la qualité de son entraînement invisible (alimentation, hydratation, sommeil) qui pourra être établi par un questionnaire. Cet état des lieux se fera conjointement avec un kiné voire avec un staff médical.

    2ème phase - déterminer le profil :

    Cette seconde phase déterminera le profil physique et physiologique de l'arbitre par des tests physiques et physiologiques qui détermineront ses points forts et ses points faibles. Mais aussi un cahier des charges à savoir, la discipline sportive arbitrée, la fonction, l'âge, le sexe, le niveau dans l'arbitrage et ses objectifs.

    3ème phase - la conception :

    Le préparateur physique devra être un pédagogue pour expliquer à l'arbitre comment il conçoit sa préparation physique, sa mise en oeuvre, son suivi pour sa progression et le mettre dans les meilleures conditions pour ses matches et ses tests physiques. La communication entre l'arbitre et le préparateur physique sera essentielle tout au long de la saison.

  • Conclusion

Savoir planifier une trêve estivale, hivernale ou des séances d'entraînement ainsi que leurs contenus pour des arbitres tout au long de la saison est un "jeu de construction" demandant réflexion, connaissances physiologiques et expérience sur le terrain dans l'entraînement. Beaucoup d'arbitres et anciens arbitres s'improvisent préparateur physique, mais cela repose obligatoirement sur des compétences professionnelles, pour en connaitre les répercussions physiologiques sur l'arbitre ou les arbitres que le préparateur physique entraîne(nt).

Ma réflexion sur la planification dans l'individualisation de la préparation physique chez les arbitres, et le fruit de mon expérience comme arbitre et assistant mais aussi comme préparateur physique.

La préparation physique ne s’improvise pas, elle se planifie !

Eric BOITARD

DESS Préparation Physique

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L’auteur de ce sujet décline toutes responsabilités en cas d’incident ou d’accident survenant à l’occasion de l’exécution de l’ensemble technique contenu dans le présent document.

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