Comment gérer la trêve estivale ?

I Introduction

Le thème de ce mois qui est d’actualité vu la période où l’on se trouve, est de sensibiliser les arbitres de tout sport sur l’importance de planifier sa trêve estivale avant la fin de la saison. Il est déjà même trop tard !!

La saison 2021-2022 vient de baisser le rideau, le sifflet et les drapeaux sont rangés. La trêve estivale prend donc ses quartiers pour un temps avant la saison prochaine. Votre tête et votre organisme sont au repos, à la détente loin des pensées à l’arbitrage et au football ou à d’autres sports pour des arbitres de disciplines différentes.

La question que beaucoup d’arbitres se posent est de savoir comment gérer la trêve estivale. Il faut distinguer deux paramètres importants qui sont la fin de la compétition (dernier match officiel de la saison ou tournoi) et la reprise de la nouvelle saison (premier match officiel de la saison hors matchs amicaux) qui sont liées à un calendrier sportif.

L’arbitre est contraint à une interruption de la compétition est donc à un arrêt de son activité sportive. La problématique de cette inactivité est de savoir comment appréhender cette transition estivale pour aborder la reprise de l’entraînement dans de bonnes dispositions. Elle s’accompagne souvent d’un «laisser aller» physique et alimentaire qui peuvent nuire à la reprise de la préparation d’avant saison. Il est important de bien récupérer pour reprendre l’entraînement avec une « fraîcheur » physique et mentale.

En tant que préparateur physique je m’interroge sur le nombre d’arbitres ayant planifié leur trêve estivale avant leur dernier match de la saison. La réponse aucun sauf ceux ayant un préparateur physique.

Depuis de nombreuses saisons, j’entends les arbitres se soucier de leur préparation d’avant saison pour leur premier match officiel ou pour la préparation du test TAISA au mois de juillet ou au mois d’août. La réussite du test ou la préparation d’avant saison, passe par l’anticipation et la planification de sa trêve estivale avant la fin de son dernier match. Celle-ci doit être individualisée car les arbitres ne terminent pas tous la saison au même moment et leurs attentes et leurs besoins peuvent être différents.

J’entends également que beaucoup d’arbitres se blessent pendant leur préparation. Conséquence logique car l’organisme est resté trop longtemps en phase de repos, estimé à un mois (voire plus) et qu’il n’y a pas eu de reprise progressive, de phase de transition entre le repos et la reprise de l’entraînement. Il sera important lors de le trêve de se poser la ou les questions pourquoi l’arbitre s’est blessé(e) pendant la saison et de ne pas renouveler les erreurs.

Il faut savoir que le contenu et le cycle des séances d’entraînement lors de la reprise pour le travail foncier, va dépendre de plusieurs facteurs, à savoir le nombre de semaines de repos et le nombre de semaines de reprise d’activité ainsi que son contenu.

II Bilan

Pendant la phase de repos, l’arbitre ou l’arbitre assistant lors de son renouvellement de licence est contraint à une visite médicale chez un médecin du sport. En fonction du niveau de l’arbitre ou de l’assistant, il est conseillé de faire des bilans médicaux plus approfondis. Exemple une visite chez le dentiste pour faire un bilan dentaire et anticiper toutes blessures musculaires ou tendineuses à la reprise.

Avant de penser à la planification de la trêve, il est important aussi de faire un bilan physique sur la saison écoulée à savoir quantifier le volume et la charge de travail accumulés tout au long de la saison. Il est important de connaître le nombre de séances d’entraînement, le temps passé sur le terrain, le nombre de footings, de fartlek, d’intermittents etc… Avec ce bilan qui peut être plus détaillé en profondeur, le préparateur physique de l’arbitre va pouvoir modifier ou augmenter certains paramètres pour la saison prochaine.

III La reprise d’activité

Après un repos complet de 3 semaines voire 1 mois maximum, en fonction du niveau de l’arbitre, la période transitoire que l’on va appeler « reprise d’activité » a pour objectif de se remettre à un niveau de forme physique qui puisse permettre la reprise de l’entraînement dans des conditions satisfaisantes.

Il est conseillé pendant cette période, de multiplier les activités. Peu importe l’activité, l’objectif est avant tout de prendre du plaisir. Pour garder un certain niveau physique, trois activités dans la semaine sont conseillées. Il est important, de garder une activité aérobie comme le vélo ou la natation (même en famille), cela permettra à la reprise de l’entraînement d’avoir déjà une base aérobie. Si on n’aime pas la natation ou le vélo on peut continuer les footings mais pas plus de 30mn. Des activités comme le futsal, le tennis, le badminton ou le squash sont aussi conseillés.

IV La planification

Planifier la trêve estivale est essentielle pour être performant dès le début de la saison. Elle doit se faire en amont soit 8 à 15 jours avant la fin de son dernier match de la saison officiel. La planification de la trêve estivale sert à construire un ensemble cohérent à une préparation physique, pour atteindre l’objectif fixé. Elle doit s’articuler en fonction de son objectif et pour planifier sa trêve estivale il est essentiel de prendre en compte tous les éléments parmi lesquels :

-La date de son dernier match officiel de la saison ou de son tournoi.

– Son objectif de début de saison (préparation au 1er match officiel ou préparation au test Taisa).

– Ses contraintes professionnelles et/ou familiales.

– La date de ses vacances.

– La date de sa reprise de son activité physique (hors entraînement).

– La date de sa reprise à l’entraînement.

– Le nombre de semaines de repos avant la reprise d’activité.

V Conséquences physiologiques d’une interruption de l’entraînement

Il est important pour l’arbitre de connaître ce qu’apporte une interruption de l’entraînement, c’est-à-dire ce qui se passe s’il arrête son activité physique, pour quelque raison que ce soit. A l’arrêt de l’entraînement apparaissent très rapidement des modifications physiologiques d’ordre général. Ainsi, au bout de 15 jours d’inactivité, on observe des pertes par rapport aux acquis résultant des entraînements réguliers donc il sera important de reprendre une activité physique comme le vélo, la natation, le tennis et ce le plus rapidement possible.

VI. Quelques répercussions physiologiques d’ordre général

 Variation des capacités physiologiques (baisse de la VMA et du VO2 max)

 Augmentation de la fréquence sous-maximale, c’est-à-dire que pour une même allure ou vitesse d’entraînement, le nombre de pulsations par minute est augmenté.

 Fonte musculaire globale si l’arbitre est resté inactif durant son arrêt ou sa blessure, c’est-à-dire une baisse de l’élasticité et de la tonicité musculaire.

 Augmentation du poids corporel ainsi que de la masse grasse selon l’arbitre, si celui-ci n’est pas attentif à sa ration calorique journalière.

 Diminution des contraintes articulaires, donc une diminution de la qualité du cartilage.

 Baisse des réserves de glycogènes et d’ATP

VII Conclusion

Quel que soit le niveau de l’arbitre et sa discipline, une planification de la trêve estivale «au feeling» ou «à l’à-peu-près» a ses limites et sera néfaste pour le début de la compétition.

Savoir planifier une trêve estivale pour des arbitres et leur préparation physique d’avant saison, demandent réflexion, connaissances physiologiques et expérience sur le terrain dans l’entraînement. Cela repose obligatoirement sur des compétences professionnelles.

Eric BOITARD

DESS Préparation Physique